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Baggio et moi

3 Juillet 2009 , Rédigé par mj

 

 

En 1990, âgé de neuf ans, j’ai entraperçu chez un ami les images de la chevauchée fantastique d’un numéro 15 au maillot azur, au cours d’une compétition sportive que les grandes personnes appelaient Coupe du Monde de football. Or, à l’époque, le football n’était pour moi qu’un jeu de cour de récréation, que je pratiquais avec la maladresse du gamin dénué de talent qui n’a d’autre leitmotiv que de suivre ses camarades en tâchant tant bien que mal de faire bonne figure. Je changeais systématiquement de chaîne lorsqu’il m’arrivait de tomber sur du foot à la télé, et rien dans ce sport n’éveillait en moi un quelconque engouement, une quelconque passion. Cette action de jeu contre la Tchécoslovaquie, si furtive qu’en fût sa perception, devait pourtant rester gravée dans mon inconscient, et resurgir soudainement dans ma mémoire trois ans plus tard. Aujourd’hui j’ai compris qu’elle avait conditionné une bonne partie de ma courte existence, et sans nul doute façonné la conception immuable d’un sport qui me laissait autrefois indifférent. Il faut reconnaître qu’elle était belle, cette action : faite de classe et d’élégance, de savoir-faire et de précision, mariage rare de spectacle et d’efficacité. Départ de la ligne médiane, côté gauche ; hommage au collectif via un une-deux parfaitement exécuté, afin de mettre dans le vent deux adversaires ; puis l’artiste peut entrer en action, et s’envoler vers une première consécration : une simple touche de l’extérieur du pied droit suffit pour éviter le tacle d’un joueur tchécoslovaque ; puis, dans la surface de réparation, une feinte de corps permet de prendre à revers le dernier opposant, et d’ajuster tranquillement, sans chercher à surjouer, le gardien adverse, du plat du pied. Les quatre qualités du grand footballeur y sont : physique, car il s’agit d’une course de cinquante mètres ; tactique, car le positionnement et l’inspiration du une-deux est judicieuse et concluante ; technique, d’évidence ; et mental, pour l’initiative et la conception d’un chef-d’œuvre.





En 1993 bien des choses avaient changé. A des centaines de kilomètres du lieu de l’exploit, dans un pays où le football italien est régulièrement conspué, méprisé, voire ignoré, j’avais fini par adopter ce nouveau jeu, sans doute influencé, comme beaucoup d’adolescents, par ce que les Anglais appellent « peer pressure ». Les exploits du duo Ginola-Weah m’avaient convaincu, presque enchanté, et c’est en supporter du PSG que j’abordais une délicate demi-finale de Coupe de l’UEFA contre la Juventus de Turin. Paris venait d’éliminer avec brio le grand Real Madrid, avec un but extraordinaire de mon idole de l’époque, somptueuse demi-volée sous la barre du gardien madrilène. L’équipe des Roche, Lama, Le Guen, Valdo, Guérin et cie allait forcément remporter la compétition, c’était l’évidence même pour l’ignorant que j’étais. Mais mon club et moi allions prendre une grande leçon de football, de sobriété, d’efficacité, d’humilité. Dès le début du match, chacun pouvait sentir que quelque chose n’allait pas sans toutefois parvenir à en déterminer la cause. Pourtant, Paris ouvrit le score, mais rien n’y fit. Mon équipe semblait étouffée, condamnée à soigner la forme plus que le fond, face à une équipe d’apparence plus faible, car moins flamboyante, mais en réalité nettement plus sure d’elle, et surtout privilégiant la fin aux moyens. Ce soir-là j’ai appris ce qu’était le vrai football : maîtrise des zones de vérité, gestion sereine et utilitariste, individualité au service du collectif, et cynisme ravageur. Bien que d’apparence cruelle pour l’adversaire défait, ces valeurs m’ont séduit, et ne m’ont jamais quitté. Plus important : ces deux soirs de désillusions parisiennes m’ont également permis de mettre un nom sur l’image furtive de 90. En effet, après quelques minutes de jeu, j’ai été frappé par l’allure et la conduite de balle du numéro 10 turinois. Cette classe, cette élégance, ce jeu de corps si singulier, … le catogan avait poussé, mais je ne fus pas long à faire le lien avec l’action floue de la Coupe du Monde, qui reprenait vie dans ma mémoire. Ce joueur, qui allait être nommé Ballon d’Or 1993, s’appelait Roberto Baggio.




Ce nom incarne à lui seul l’Italie et ses attraits. A la rondeur des caractères et des sonorités semble correspondre la finesse et la fluidité des mouvements du joueur, d’un tableau de Michel-Ange, ou de l’art florentin renaissant. C’est à Florence, l’une des plus belles villes d’Italie, que le jeune Baggio fit ses premières armes, connut sa première blessure grave, et provoqua sa première émeute, lors du départ vers la Juve. Avec 115 buts en 200 apparitions sous le maillot bianconero, il divin codino franchit un pallier supplémentaire, et fut rapidement considéré comme l’un des tout meilleurs joueurs du monde. Son aisance technique et son toucher de balle unique en firent l’un des favoris des médias du monde entier. Bien avant le début de la Coupe du Monde américaine, la presse en avait déjà fait l’une des stars du tournoi, et, malgré les horaires parfois contraignants, je pus enfin vraiment admirer le joueur de façon suivie. En effet, au début des années 90 les chaînes françaises ne diffusaient que très peu d’images des clubs étrangers, sauf quand ces derniers croisaient le fer avec nos clubs lors des différentes coupes européennes. Par conséquent, les compétitions internationales étaient des occasions uniques de voir les meilleurs joueurs de la planète s’affronter. Pourtant la compétition commença très moyennement pour la Squadra. Après une défaite contre l’Irlande, le match contre la Norvège était déjà décisif. Or, à la 21ème minute, Pagliuca manqua sa sortie, et commit une faute de main à l’extérieur de sa surface de réparation. La sanction fut terrible et logique : carton rouge, et l’Italie réduite à 10. Sacchi décida alors de sortir son meilleur atout offensif, à la grande surprise de Roberto lui-même, et des commentateurs italiens, dont le célèbre « Esce … esce Roberto Baggio » traduisit la stupeur immédiate. L’Italie s’imposa finalement 1-0, et se qualifia, comme souvent, sans la manière, après un nul peu flatteur contre le Mexique. La vraie compétition allait alors commencer, et Baggio se rappeler au bon souvenir de Sacchi et de ses admirateurs.




Le huitième de finale contre le Nigeria de Yekini s’annonçait difficile. Physiquement très supérieurs, et techniquement en progrès constants, l’équipe africaine faisait figure de piège, et ne cachait pas son objectif : reproduire les exploits camerounais de quatre ans auparavant. L’ouverture du score d’Amunike en première mi-temps confirma les craintes d’avant-match, et les observateurs de l’époque ont longtemps cru l’Italie incapable de redresser le barre, d’autant que ce qu’elle avait montré jusqu’à présent ne plaidait pas en sa faveur. C’était oublier l’histoire ; c’était sans compter sur les ressources mentales et tactiques d’une équipe à l’ossature milanaise ; et c’était surtout occulter le génie qu’elle comptait sur le front de l’attaque. A la 88ème minute, Roberto reçut un bon ballon de la droite, et, d’un calme absolu, plaça de l’entrée de la surface de réparation, du plat du pied droit, une balle ultra-précise au ras du poteau gauche du gardien nigérian. L’Italie arrachait la prolongation, et prenait le chemin du succès. A la 102ème minute, le meneur de jeu italien transforma le pénalty de la victoire, expédié dans le même coin gauche des buts adverses. L’Italie était en quart de finale, et le tournant psychologique tant attendu avait bien eu lieu, grâce au stratège adulé par une nation en ébullition, quatorze ans après son dernier titre mondial. Comme Paolo Rossi en 1982, Baggio allait être décisif lors des matchs à élimination directe. L’Italie, si prompte à se faire désirer, si encline à s’acculer d’elle-même au mur, à se laisser pousser dans ses derniers retranchements, à laisser croire, à laisser espérer, si dramaturge en ses plus belles heures, venait de me donner mes premiers frissons de supporter de football. La solution devait venir de Baggio, je n’en doutais pas, mais que ce fut long ! Le génie avait pris le temps de peaufiner son œuvre, d’ajuster les derniers détails du fruit de son inspiration, d’offrir à son public à la fois le suspense et la délivrance, l’intrigue et le dénouement, l’énigme et sa résolution, qui n’en devenait que plus jouissive et passionnelle. Ce plaisir du désir tardivement assouvi, cet art consommé de la fourberie, cette ivresse de l’attente récompensée, était – je l’ai appris par la suite – une vraie spécialité italienne.




Dès le tour suivant la Squadra conforta cette opinion. Face à des Espagnols revanchards, quelques semaines après l’humiliante correction infligée par le Milan de Capello aux Barcelonais de Cruijff, la Squadra ne tarda pas à ouvrir le score grâce à Dino Baggio, mais un but contre son camp de Benarrivo entretint le suspense – encore – jusqu’à la 88ème minute. Aux trente mètres, Beppegol Signori envoya de son pied gauche magique un superbe ballon à Baggio, prenant ainsi à revers une défense très espagnole. D’un dribble de l’extérieur du pied droit, ce dernier élimina facilement Zubizarreta, mais s’excentra dangereusement. Tout un peuple retint alors son souffle, et, l’espace de quelques centièmes de seconde, se demanda comment son homme providentiel pourrait redresser son ballon, et résister au retour des défenseurs espagnols. Mais Baggio, passé maître en trajectoires irréelles et sublimes, crucifia l’Espagne d’une frappe diaboliquement précise, entre le poteau droit et le dernier défenseur. Quatre ans après, l’Italie accédait une nouvelle fois en demi-finale, et faisait taire ses détracteurs les plus virulents. Baggio avait arrêté le temps quelques instants, suspendu au sigle jaune fluo des célèbres Diadora plusieurs millions de téléspectateurs. L’Italie n’avait d’yeux que pour lui, oubliant injustement les grands matchs des Maldini, Albertini, Costacurta, etc. Comme en 1986, une équipe était résumée à un seul de ses membres. Après Maradona, Baggio. Le monde du football a toujours abusé de la synecdoque, mais la tentation était trop grande ! J’étais conquis, et je pense pouvoir dire qu’à ce moment précis j’ai commencé à adorer le football. Ce sport, si quelconque quelques années auparavant, était en train de me passionner, de me coopter. Je pouvais enfin comprendre et expliquer le phénomène, car j’avais eu ma révélation. Finalement, comme la presse et les supporters italiens, je ne craignais qu’une seule chose : la blessure de Baggio. Réputé fragile depuis l’épisode de la Fiorentina, le joueur était choyé par le staff médical azzurro, mais nous savions tous qu’il n’était pas à l’abri des tacles assassins d’un Ivanov, par exemple.




A la 71ème minute d’Italie-Bulgarie, Signori entra en jeu à la place de Baggio, blessé … et l’équipe médicale azzurra entama une course contre le temps, car il n’était pas question d’envisager un quelconque avenir sans celui qui venait encore de qualifier son équipe pour la finale. En effet, tout avait bien commencé. Dès la 21ème minute le stratège italien avait marqué l’un des plus beaux buts de la compétition : touche de Donadoni sur la gauche, contrôle orienté de Baggio qui mit dans le vent deux adversaires bulgares, puis, à nouveau, dribble de l’extérieur du pied droit pour se jouer du tacle de l’avant-dernier défenseur, et travailler de l’intérieur du pied droit une merveille de balle enveloppée qui finit sa course au ras du poteau droit bulgare. Le tout effectué à l’extérieur de la surface de réparation. Quatrième but de Baggio en trois matchs, sur les cinq marqués par son équipe. Et quatre minutes plus tard, sur une superbe balle piquée d’Albertini, il divin codino, décalé sur le côté droit, trouva le petit filet opposé du capitaine Mihailov. Le pénalty de Stoitchkov n’y changea rien, le match était déjà plié. Ultime présent offert à son équipe et à son public avant d’être lâché par son genou droit. Le bon sens interdisait tout espoir de voir Baggio démarrer cette finale rêvée face au Brésil. Jusqu’au matin du match, personne ne savait si le joueur serait présent, mais était-il bien raisonnable de risquer l’intégrité physique du ballon d’or en titre ? Raisonnable, non, mais nécessaire, oui. Le drame de Baggio est qu’il avait su se hisser à la hauteur des plus grands, se rendre indispensable, et que sa seule présence, même sur une jambe, avait une influence cruciale sur ses coéquipiers. En d’autres circonstances, jamais Baggio n’aurait foulé la pelouse ce jour-là ; mais l’enjeu était trop important, et sa présence capitale. Après deux heures de souffrance en début d’après-midi sous quarante degrés, celui qui avait mené son équipe à ce stade de la compétition manqua le tir au but décisif. D’aucuns diront qu’il n’aurait jamais dû tirer. Les échecs de Baresi et Massaro ne sont pas restés dans les livres d’histoire. Le sien oui, et c’est ce qu’il l’a privé du titre suprême, d’un deuxième ballon d’or consécutif, et d’une postérité digne d’un Pelé ou d’un Maradona. Dramaturges dans l’âme, ces Italiens …




La saison 94/95 de Baggio fut probablement la plus surprenante. Blessé à ce même genou droit de longues semaines en milieu d’année, il n’en fut pas moins décisif, en marquant notamment d’une jolie tête le but de la victoire contre Milan, et en cumulant un nombre impressionnant de passes décisives. Son retour en fin de saison fut déterminant dans la conquête du titre, et l’annonce de son départ pour le Milan déchaîna les supporters bianconeri, dont la passion pour le capitaine courage, alors emblème de la Vecchia Signora, ne cessait de croître. Mais la fragilité de Baggio, quelques mois après l’annonce de l’arrêt forcé de Marco Van Basten, faisait craindre le pire aux dirigeants turinois, qui bravèrent la furie des supporters en cédant le meilleur joueur du monde au rival de toujours . Dois-je préciser que je supportais déjà le Milan AC, et que l’arrivée en son sein de mon joueur favori était aussi inattendue que bienvenue. Champion d’Italie en titre, Roby allait renouveler l’expérience en rossonero la saison suivante. Moins perturbé par son genou, il fut l’un des joueurs clefs de Capello, avec 28 apparitions. Je retiens pour ma part le sublime coup franc inscrit à la 74ème minute du match aller contre Bordeaux, en quart de finale de la Coupe de l’UEFA. Coup franc légèrement désaxé sur la droite, en principe réservé aux gauchers. Savicevic pressenti, mais Platini, aux commentaires, annonça Baggio dans la deuxième lucarne. Incrédule, car j’avais anticipé la lucarne droite, je vis la prédiction de Platoche se réaliser : le numéro 18 milanais brossa à la perfection ce qui devint une magnifique feuille morte, plongeant dans la lucarne opposée de Gaétan Huard. Moi qui tirais – et bien – les coups de pied arrêtés dans mon équipe de l’époque, j’ai essayé un nombre incalculable de fois de reproduire le geste, sans succès. Pourtant, j’avais les mêmes chaussures ;-)
Baggio a toujours l’air espiègle, malicieux d’un enfant, lorsqu’il s’apprête à tirer un coup franc. Loin des calculs mathématiques d’autres joueurs plus laborieux, son attitude s’apparente plus à celle du créateur, de l’inventeur sur le point de réaliser une œuvre d’art, dont il sera fier par la suite. La frappe sera précise, personne n’en doute ; cette question est dépassée depuis longtemps. Non, il s’agit plus de défier les certitudes du spectateur, ainsi que les lois physiques élémentaires. Baggio n’évolue pas dans un cadre, mais dans une sphère qu’il définit et module à sa guise. Il dessine les contours de ses trajectoires à la manière d’un peintre romantique, qui recréerait perpétuellement sa propre humanité sur une fresque sans fin. L’effet de surprise est tel que l’invention se suffit à elle-même, et touche au but sans nul besoin de puissance. J’ai toujours été marqué par ces caractéristiques propres à lui seul, et j’enjoins chacun à revisionner quelques coups francs du joueur, comme celui de la finale de Coupe de l’UEFA contre Dortmund pour n’en citer qu’un.




La deuxième saison de Roberto à Milan fut moins enthousiasmante que la première. Toujours handicapé par son genou, il n’a de surcroît pas réellement bénéficié de la confiance de l’entraîneur uruguayen Tabarez, limogé au profit de Sacchi dès le mois de septembre. Ce dernier n’a jamais pardonné à Baggio le pénalty manqué de 1994, et le snoba dès son arrivée. Or, le joueur n’avait pas participé à la débâcle italienne de 1996 en Angleterre, et tenait à faire son grand retour en sélection, d’autant que la pression populaire en sa faveur n’avait jamais cessé. Afin de se refaire une santé, et d’évoluer dans un environnement plus serein, il s’en alla faire une pige à Bologne, et y réalisa une grande saison, en marquant notamment 22 buts en 30 matchs, et en terminant troisième du classement des buteurs, derrière Bierhoff et Ronaldo, mais devant Batistuta et … Del Piero, grand rival et ami en sélection. Cesare Maldini ne pouvait l’ignorer, d’autant que la presse et le peuple se sont chargés de le lui rappeler chaque jour pendant plus d’un an. C’est ainsi que, quatre ans et deux sélections après ses exploits de 1994, Roberto Baggio fut rappelé sous le maillot azur, et s’apprêta à jouer sa troisième Coupe du Monde consécutive. Mais les rôles avaient été inversés entre-temps, et Del Piero, malgré un premier échec lors de l’Euro anglais, fut clairement désigné titulaire par le C.T. Pourtant la presse persistait à soutenir que les deux génies italiens pouvaient parfaitement être alignés côte à côte, et évoluer ensemble derrière l’intouchable Vieri, lui-même auteur d’une grande saison en Espagne, avec 24 buts marqués en 24 rencontres. Les journalistes rapportèrent que les tests physiques de Baggio lors du stage étaient supérieurs à ceux de 1994. Le débat n’a d’ailleurs jamais porté sur sa titularisation, cause acquise bien longtemps auparavant, mais sur la présence ou non de Del Piero à ses côtés. Mais l’histoire dit que les sélectionneurs italiens sont têtus, et préféreront mourir avec leurs idées qu’en changer. Maldini n’en démordit pas, et Baggio ne partirait titulaire contre le Chili que pour pallier l’absence de Del Piero, convalescent suite à une récente blessure.




Le 11 juin 1998, au Parc Lescure, Baggio retrouva donc son statut de maestro de la Squadra Azzurra, tout de blanc vêtu pour l’occasion. Tout un symbole, comme si le drame de 1994 avait été effacé, comme si le joueur s’était refait une virginité, une nouvelle jeunesse. Le tir au but, les problèmes récurrents au genou, les critiques virulentes de Sacchi, étaient oubliées, et une nouvelle épopée pouvait commencer. Contrairement à Del Piero, Baggio connaissait le rôle de meneur de jeu de la Squadra par cœur, car il y avait excellé par le passé. Il ne tarda pas à se mettre en évidence, et fut décisif dès la dixième minute, lorsqu’il réceptionna une longue transversale de Maldini, remise instantanément, sans contrôle, d’un plat du pied qui n’avait rien perdu de sa précision, pour un Vieri buteur. 1-0 pour l’Italie. Un doublé de Salas fit craindre à l’Italie un départ difficile, du même acabit que l’entame américaine, mais à la 85ème minute, après avoir offert une balle de but manquée par Inzaghi, Baggio intercepta un ballon sur le côté droit de la surface de réparation, et trouva la main d’un joueur chilien, obtenant de ce fait un pénalty. Quatre ans après, les fantômes de Pasadena planèrent quelques instants sur Bordeaux, mais le meilleur italien de la partie prit ses responsabilités, et transforma calmement ce pénalty en égalisation, dans le coin gauche – encore – de Tapia. Contrat plus que rempli pour un joueur que beaucoup d’observateurs étrangers croyaient finis. Quelques jours plus tard, à Montpellier, l’Italie devait rencontrer le Cameroun, avec Baggio une nouvelle fois titulaire. Et dès la septième minute, il centra sur la tête de Di Biagio pour l’ouverture du score. Décisif, comme d’habitude. A la 65ème minute il fut remplacé par un Del Piero guéri, qui allait devoir justifier son statut officiel de titulaire. 3-0 à la fin du match, avec un Baggio efficace et déterminant. Le dilemme attendu était devenu réalité. Baggio ou Del Piero ? Le premier, après deux grandes parties, était en position de force, mais Maldini résista aux pressions, et maintint son raisonnement d’origine : Del Piero était remis de sa blessure, et serait aligné d’entrée contre l’Autriche. Baggio irait sagement s’asseoir sur le banc. A la 48ème minute Del Piero frappa un coup franc décalé sur la gauche, repris de la tête par Vieri. 1-0 pour l’Italie. Del Piero venait de fournir sa seule contribution statistique et numérique de la compétition. Il fut remplacé à la 73ème minute par un Baggio encore et toujours efficace, avec une balle de but vendangée par Inzaghi, et un but bien réussi par le premier sur passe du second, à la 89ème minute. Bilan chiffré du premier tour : deux buts et deux passes décisives pour Baggio, contre une passe sur coup de pied arrêté pour Del Piero. Les supporters italiens ne s’étaient pas trompés, mais leurs protestations derrière le banc de Maldini lors du huitième de finale contre la Norvège furent vaines : l’homme du premier tour n’entra pas en jeu.
Remplaçant contre la France, Baggio, comme ses supporters, a longtemps dû croire sa compétition terminée. Moi aussi, pour être honnête. Quelques jours après la dernière épreuve du baccalauréat, je me réjouissais de pouvoir profiter pleinement de la compétition, et d’assister à la renaissance de celui que je considérais invariablement comme le meilleur joueur du monde. Je fulminais contre un entraîneur borné, aveugle, et incompétent. Ce dernier, qui avait donné deux Coupes d’Europe des Clubs Champions à mon club de cœur bien avant ma naissance était en train de me taper sur les nerfs, à moi comme au peuple italien dans son ensemble. La télévision française n’avait pas manqué de repasser en boucle au journal télévisé les images des supporters excédés derrière le banc des remplaçants au tour précédent. L’Italie pouvait-elle battre la France en jouant à dix ? Tout le monde connaît aujourd’hui la réponse. Face à des joueurs élevés à la sauce calcio, il a manqué à la Squadra l’étincelle offensive indispensable à ce niveau. Quand Baggio est entré, à la 67ème minute, à la place de l’imposteur qui occupait son poste, il était trop tard. On a bien cru au miracle lorsqu’il a failli tromper Barthez dans un angle impossible d’une magnifique volée, mais la France tenait son match, et l’Italie était exténuée. Je me demande encore aujourd’hui comment Cesare Maldini a pu négliger à ce point son atout maître. Baggio est de ceux qui font la différence, et je demeure convaincu que s’il avait démarré ce quart de finale, l’issue eût pu être différente. Ce qu’il ne savait pas, c’est que ces quelques minutes de jeu contre la France étaient ses dernières avec le maillot azur sur les épaules en match officiel. Zoff et Trapattoni lui ont, eux aussi, préféré un peintre fantomatique, en 2000, 2002 et 2004. Qui a dit que les sélectionneurs italiens étaient masos ?




Entre 1998 et 2000, Roberto a connu des fortunes diverses à l’Inter. Moratti l’a pris pour un nouveau jouet, à associer à Ronaldo, sans projet sportif réel. Ces deux ans ont été ponctués d’exploits, de blessures, et de mal-être. L’Inter, spécialiste en anéantissement de carrières, n’était clairement pas un club pour Baggio. Signalons tout de mêmes ses exploits en Ligue des Champions, contre le Real par exemple, en marquant un doublé décisif après être entré en jeu, ou encore ses buts magnifiques en championnat, contre la Roma en 1999 notamment. Le 23 mai 2000, en cadeau d’adieu à Lippi - dont il sauva ainsi la tête, pas rancunier - et aux tifosi, il a offert la qualification en Ligue des Champions lors du match de barrage contre Parme : en ouvrant le score d’un magistral coup franc, puis en redonnant l’avantage à son équipe d’une somptueuse volée du gauche. La classe, tout simplement, à deux semaines du début de l’Euro 2000, où Del Piero vendangea … encore.
Je me suis posé beaucoup de questions en apprenant que son nouveau club s’appelait Brescia. Le lien avec l'aventure bolognaise était évident : le joueur aspirait à retrouver un environnement plus calme, afin de se préparer pour la Coupe du Monde 2002. En France, les observateurs lui prédisaient une fin de carrière misérable, dans un club médiocre, sans objectifs réels, sans cet aspect clinquant et lucratif propre aux clubs à rayures, et si plaisant pour les journalistes. Mais c’est bel et bien à Brescia que le joueur italien le plus adulé dans son pays – élu quatrième meilleur joueur de l’histoire du football derrière Maradona, Pelé et Eusebio lors du grand sondage internet de la FIFA en 2000 – marqua 45 buts en 98 matchs, tous plus beaux les uns que les autres, en étant chaque année l’un des mieux notés aux pagelle de la Gazzetta Dello Sport. Ses performances étaient telles que, jusqu’à sa retraite en mai 2004, les pressions pour son retour en sélection ont perduré. Le Trap, malin, lui accorda une sélection d’honneur en amical contre l’Espagne lors de sa dernière saison, mais l’expérience fut bien amère pour un public pleinement conscient de tout ce que le joueur était capable d’apporter à une sélection en mal de meneurs. Jusqu’à la fin, Roberto tint son équipe à bout de bras, et fut un danger constant pour les meilleures défenses du championnat, en faisant simplement parler sa classe, son élégance, son pied droit magique, et ses inspirations géniales. 




Roberto Baggio fait partie du club très fermé des joueurs ayant marqué plus de 300 buts dans leur carrière. Aujourd’hui considéré par une grande majorité de transalpins comme le meilleur joueur italien de tous les temps, il conserve une cote de popularité inégalée, malgré ses rares apparitions publiques. Discret, peu disert, il restera à jamais l’un des plus grands symboles du sport italien, et l’une des plus belles images du sport en général. Plus que l’homme d’une ville ou d’un club, Baggio restera l’homme d’un pays. J’ai pour ma part aimé le foot avec Baggio, et je n’oublierai jamais le don si rare qu’il avait pour captiver un public, suspendu à ses pieds fragiles et magiques à la fois. Avec Baggio le temps s’arrêtait, maintenant il fuit …

 

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Andrea Pirlo, il maestro

22 Avril 2009 , Rédigé par mj

« Le danger c’est Pirlo », avait déclaré Domenech à ses joueurs lors de la préparation du match France-Italie Espoirs en 1999. Déjà stratège de sa sélection nationale, le jeune milieu offensif intériste était une source d’inquiétude majeure pour tout opposant. Inquiétudes fondées, et confirmées, car l’Italie élimina la France d’Henry et Trezeguet, grâce à un coup franc magistral décisif de son numéro 10. Sept ans plus tard, Pirlo fut déclaré homme du match de la finale de la coupe du monde, remportée aux tirs au but par l’Italie, contre la France de Domenech. Qui a dit que l’histoire ne se répétait jamais ?


L’Inter, éprise depuis peu des Santon et Balotelli, sans doute par anticipation d’un possible décret 6+5, ne s’est jamais occupée de ses jeunes après l’arrêt Bosman, et le peu de temps de jeu accordé par Simoni, Lucescu ou Lippi à Andrea au début des années 2000 était de toute évidence peu propice à l’épanouissement du jeune prodige, qui ne cessait de briller avec les Espoirs. Mais l’Inter a involontairement servi la carrière d’Andrea à deux reprises : tout d’abord en le prêtant à Brescia, sa ville natale, lors de la saison 2000/01, lui permettant ainsi d’évoluer aux côtés du maître Roberto Baggio, et d’y développer en particulier les qualités de vision du jeu et de précision, devenues aujourd’hui ses marques de fabrique. Puis, en le cédant à Milan pour une bouchée de pain, cette même année.

Barré par des stars confirmées comme Rui Costa et Rivaldo, le jeune Pirlo ne put s’imposer dès son arrivée, et il fallut un repositionnement tactique made in Ancelotti pour lui assurer une place permanente dans le 11 type d’un des plus grands clubs du monde, poussant même Redondo et Albertini vers la sortie, s’il vous plait. Déterminant lors de la victoire en Ligue des Champions en 2003 et lors du titre de champion d’Italie en 2004, le virtuose Pirlo ne tarda pas à se faire un nom parmi les artistes les plus doués de sa génération. Diaboliquement précis, docteur ès organisation, il devint rapidement la tête pensante et le métronome du Milan AC. Orfèvre de la passe à l’art consommé du dribble, il incarne depuis lors ce qu’on pourrait qualifier d’élégance utile. Pirlo n’entre pas sur le terrain pour lui, mais pour l’équipe ; il n’arpente pas les pelouses européennes pour faire le spectacle mais pour faire vivre ses partenaires ; il ne dribble pas pour dribbler, mais pour conserver le ballon ou créer un danger soudain et mieux servir ses attaquants par la suite. Pirlo est l’antithèse du footballeur star ou tendance. Sa discrétion hors du terrain en témoigne.

Pirlo est un créateur au premier sens du terme. Il invente, dessine, peint, brise les codes d’un sport devenu monotone, passe outre les contraintes spatiotemporelles, défie les lois naturelles, voit avant tout le monde, partenaires et adversaires. Peu rapide mais vif d’esprit et de jambes, il est passé maître dans l’art de la syncope, du toucher de balle à contretemps, ce qui lui permet de jouer ses gammes sur des portées indéchiffrables par l’ennemi, et de clore en cadence parfaite une mélodie qu’il est seul à maîtriser. Jamais à court d’inspiration, Pirlo alterne dribbles, passes, jeu court, jeu long, frappes et centres, avec la même aisance. Aussi doué pour les transversales millimétrées que pour les passes courtes ou à terre dans des angles et des environnements difficiles, sa technique individuelle est prolifique en toute circonstance, peu importe le nombre d’opposants dans son périmètre.

Toutefois, il arrive que les expériences audacieuses et novatrices soient de courte durée. Meneur de jeu de formation, Pirlo a conquis ses galons de titulaire dans un club prestigieux à un poste qui ne lui a que très temporairement convenu, et qui a fini par lui nuire, l’user. La saison 2005-2006 illustre parfaitement le propos. Dans une équipe aux latéraux de plus en plus offensifs et au Seedorf de moins en moins affuté physiquement, le bridage et les contraintes tactiques imposés à Pirlo ont sérieusement entamé son aura et sa forme physique. Réduit à passer le plus clair de son temps à défendre, jouer contre nature, s’épuiser à des tâches qui ne correspondent en rien à ses attributs, le numéro 21 milanais a perdu pied. L’effet de surprise de 2003 ne fonctionnait plus, et les équipes adverses ont su façonner des systèmes anti-Pirlo, qui n’ont fait qu’enfermer le joueur dans un épuisement physique et moral sans précédent. A force de s’entêter dans une configuration dépassée et une idée dont l’originalité de départ avait été sérieusement éméchée par le temps, Ancelotti a fini par affaiblir un joueur, qui avait été une force les années précédentes. Cependant, un autre entraîneur avait une conception plus ambitieuse du rôle à donner à Pirlo. En cette année de coupe du monde, Marcello Lippi comptait bel et bien faire figurer le joueur en bonne place dans son onze de départ, en lui confiant les clefs du jeu azzurro pendant la compétition. Incapables d’intégrer les considérations tactiques dans leurs raisonnements, de nombreux supporters réclamaient la tête de Pirlo, mais Lippi n’en eut cure.

C’est en titulaire que Pirlo démarra cette coupe du monde face au Ghana. Face aux Muntari, Essien et Appiah, le génie milanais devait, allait s’écrouler, c’était une certitude. Que nenni ! Buteur et passeur décisif, Pirlo fut déclaré homme du match, avant de renouveler l’expérience en demi-finale contre l’Allemagne, et en finale contre la France. Triple passeur décisif, il put exprimer pour la première fois de la saison l’étendue du talent, dans un rôle à la fois proche et éloigné de l’originel. Positionné devant la défense sur la feuille de match, il put jouir d’une liberté totale de création et de déplacement, en électron libre à la Baggio, en se retrouvant par exemple à maintes reprises aux abords de la surface de réparation adverse. L’extinction progressive de Totti ne fit qu’accroître cette mainmise sur le jeu des triples champions du monde, et Andrea emmena match après match les siens vers la quatrième étoile. La présence d’une vraie défense, d’un milieu récupérateur pur, et d’autres milieux sacrifiés (Perrotta, Camoranesi), ainsi que les consignes d’un coach lucide, facilitèrent l’explosion pure et simple du talent et de la classe de Pirlo aux yeux du monde entier. Consacré joueur d’exception, le palier ultime était enfin franchi ; mais, l'homme était toujours aussi discret, ce qui lui valut d’être « oublié » par les électeurs du ballon d’or 6 mois plus tard.

Le retour sur terre à San Siro en septembre 2006 fut délicat, car Ancelotti n’avait visiblement pas pris conscience des raisons de la baisse de régime de son protégé quelques mois auparavant. Il lui fallut 6 mois supplémentaires pour admettre la nécessité d’inclure un deuxième vrai récupérateur dans l’entrejeu, afin de libérer et débrider son créateur. Les résultats furent spectaculaires : transfiguré, Pirlo retrouva des couleurs, et fut déterminant aux côtés de Gattuso et Ambrosini dans la conquête de la Ligue des Champions 2007. A son vrai niveau, libre de toute contrainte, il assuma à la perfection ses fonctions de prédilection : créer, mener, organiser.

En cette saison 2009/2010, Andrea a connu la première grosse blessure de sa carrière, blessure très mal gérée par le staff milanais. En effet, après deux mois et demi sans jouer, il fut réintégré, dès son retour, dans l’équipe de départ, en novembre dernier, pour mieux rechuter une semaine plus tard. En outre, les nombreuses blessures de cadres comme Gattuso ont contraint Ancelotti à modifier son système tactique, et à enlever un récupérateur. Les performances d’Andrea, après le mois de janvier, sont très irrégulières. Bonnes avec deux récupérateurs, comme contre Cagliari, et variables avec un seul récupérateur, selon le niveau de l’adversaire. Lippi, quant à lui, poursuit le processus salvateur de retour aux sources, en redonnant à son stratège le poste de ses débuts. Contre le Montenegro et l’Irlande, Andrea a joué derrière les deux attaquants, en position de numéro 10. Il fut à l’origine des trois buts de son équipe …

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Paolo Maldini

3 Juillet 2007 , Rédigé par mj

 

Plus de vingt ans de carrière, un seul club. Reconnu par la majorité comme le plus grand défenseur de l’histoire du football, il incarne à lui seul toutes les vertus qui font défaut au joueur moderne type. Grand, beau, élégant, fidèle, droit, il a su tout au long de son parcours allier efficacité et esthétisme, rigueur et fantaisie, en mettant sa phénoménale technique individuelle au service de l’utile, quand d’autres ne visent qu’entrechats, pas de bourrée, et courses d’écervelés téméraires et suicidaires vers de lointains horizons, abandonnant famille, patrie, et défense aux abois.

Fidélité aux couleurs qui lui doivent tant, respectabilité que nul ne dément, unanimité, souveraineté, magnanimité, et pourtant ... il faut un journal français, sous couvert de journalistes européens incultes, pour occulter le saint des saints. Plusieurs podiums, aucune victoire, éternel pied de nez, dont les bénéficiaires s’appellent, entre autres, Owen et Figo. Rions ensemble.
Paroxystique affront en 2003, lorsque après une quatrième victoire en ligue des champions, comme capitaine, après avoir été désigné homme du match en finale et lors de la supercoupe gagnée contre Porto, après avoir fait pendant deux ans partie du top 3 final dans les pagelle - une fois premier - , la récompense individuelle suprême fut attribuée au chouchou de toute l’Europe de l’Est.

Les premières minutes de la finale de la ligue des champions 2005 ont laissé poindre l’espoir, cruellement balayé dans une deuxième mi-temps au scénario que nous ne tenons pas à rappeler. Inutile de dresser la liste de tous les titres glanés par ce capitaine, mais autorisons-nous simplement un petit rappel bienveillant à nos juges innocents et ébaubis: le Milan AC vient de gagner sa septième ligue des champions, la cinquième pour son capitaine. L’usage veut qu’on attribue la récompense individuelle suprême à l’un des membres de l’équipe ayant remporté le titre le plus prestigieux de la saison. Les compétitions internationales priment sur les compétitions de clubs, mais cette année, il se trouve que la coupe aux grandes oreilles fait office de référence absolue et incontestable.
Nous sommes de ce fait en droit de penser que le capitaine vainqueur, modèle sur et en dehors du terrain, figure en tête de liste des favoris. A moins bien sûr que la succession d’un défenseur italien à un autre défenseur italien ne soit un affront trop humiliant au monde du football spectacle.

Le retour au premier plan du Milan AC sur la scène européenne a coïncidé cette saison avec celui du capitaine lors des matchs à élimination directe. Le secteur défensif a, dès lors, affiché un tout autre niveau, confirmé par la suite grâce à la réinsertion de Nesta. Depuis près de dix ans il est coutume de lire et entendre çà et là des journalistes ou amateurs déclarer: "Il est fini, trop vieux, il est temps pour lui de raccrocher". En 96/97 le refrain faisait déjà les beaux jours de la presse européenne; c’est dire la volonté qu’ont certains d’enterrer les mythes précipitamment.

On ne passe pas Paolo Maldini. Les commentaires de ses coéquipiers et adversaires prestigieux sur le dvd Paolo Maldini - il film- en témoignent. On ne passe pas Paolo Maldini, on l’admire, et on devrait, à l’occasion de sa dernière saison, matérialiser ce sentiment. La victoire de la compétition la plus prestigieuse comme capitaine, le terme annoncé de sa carrière, et le sentiment de culpabilité des votants, conscients de leur échec, et de la dernière chance qui leur est offerte de récompenser le meilleur défenseur de l’histoire du football, devrait peser lourd dans la balance, et consacrer, enfin l’emblème du Milan AC.
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Le Milan, club vraiment italien

25 Mai 2007 , Rédigé par mj


Le Milan et l'Italie ; l'Italie et le Milan ; fierté commune, association fructueuse, axiome du succès, mariage heureux, résistance à la déferlante, leçon universelle de réussite.

Socle inébranlable que d'innombrables iconoclastes rêvent de faire vaciller depuis des lustres, par le biais de procédés aussi séduisants que pervers, endoctrinement journalistique "tendance" fortement lié à la consommation de masse et aux rouages de ce qu'il est coutume d'appeler le système.
Les plus célèbres bastions européens n'ont pas résisté aux charmes de ces sirènes, et ont fini par sombrer doucement dans un abîme indéniablement confortable. Ils ont trahi leurs idéaux d'antan, bafoué leurs traditions, piétiné leurs valeurs.

Exotisme, vedettes du showbiz, vente de maillots, jongleries zavatopindérisées, quel cocktail attrayant ! Tel l'art moderne, architectural ou culinaire, on aligne les oxymores, on mélange les ingrédients savoureux sans se soucier de leur complémentarité, de leur fonctionnalité. L'économique, le commercial, prennent l'ascendant sur le culturel, dénaturent un patrimoine, un héritage de plusieurs décennies, avec une habileté évidente.
Les noms les plus ronflants sont annoncés, les journaux y consacrent des pages entières, les enchères montent, les supporters s'extasient en composant des mois à l'avance leur équipe de rêve, sans se soucier des concepts de cohésion, d'unité, de collectif, et encore moins d'efficacité. Les âmes sont domptées, le système a gagné.

L'Internarsenal est chantée à tue-tête par les stades du monde entier, fait couler autant l'encre des imprimantes, que le liquide séminal des supporters, puis leurs larmes lorsque les résultats ne répondent pas aux attentes. Mais le fan lobotomisé oublie vite, et repart de plus belle quelques mois plus tard, se berçant des mêmes illusions.
Les équipes nationales de ces pays n'existent plus ou presque, et la masse n'en comprend pas les causes.

Toute l'Europe est occupée. Toute ? Non, car seul le diable ne vend jamais son âme. Rouge et noire, constellée d'étoiles azures, cette âme brille de mille feux. Qu'elle semble loin la courte parenthèse post-Bosman, comme elles paraissent désuètes les tentations et tergiversations de la fin des années 90, dont les leçons ont étés magistralement tirées !
Les leçons de l'Histoire sont souvent significatives : au début des années 90, le football italien régnait en maître sur l'Europe, et sa sélection, dotée d'une ossature défensive milanaise, alignait les excellentes performances en coupe du monde.
Insolents, énervants, mais tellement compétents, les entraîneurs transalpins - Sacchi, Capello, Lippi - menaient avec brio leurs équipes vers des sommets rarement atteints. Entre 1993 et 1998, pas une finale de ligue des champions ne s'est déroulée sans une équipe italienne, vraiment italienne. Le Milan y a d'ailleurs activement participé, avant de devenir momentanément, une fois les quotas nationaux abolis, l'une des nombreuses fashion victims de l'époque.

L'honneur du club a été de s'extirper du bourbier en y laissant ses concurrents. Dès 2003, en effet, la réitalianisation de l'équipe a porté ses fruits, et chaque supporter italien a eu le plaisir d'assister à une finale européenne 100% italienne, avec 13 Italiens sur la pelouse, en territoire corrompu. Depuis, avec une base presque identique, le club est devenu le plus régulier, le meilleur d'Europe, et le pays champion du monde, avec une bonne partie de titulaires rossoneri. Destins liés...

7 Italiens titulaires, 6 champions du monde dans l'effectif, une finale de ligue des champions à la clé, nos dirigeants ont compris la leçon, et peuvent être fiers de l'équipe qu'ils ont su construire, rempart idéologique face au tsunami et aux illuminations ambiants.

En Italie, le football est étroitement lié à une culture tactique rigoureuse, unique au monde, inhérente à chaque joueur formé dans ce pays. Tout comme un enfant est conditionné par son milieu, et son éducation, le footballeur italien, tout en ayant des talents propres, porte en lui les valeurs de ses idoles, de ses entraîneurs passés, de son pays. L'association au sein d'une même équipe de joueurs italiens permet donc d'appliquer plus facilement ce qui fait depuis plusieurs décennies le succès de ce pays et de ses clubs, le Milan en particulier. Cohérence linguistique, culturelle, tactique, compétences différentes mais valeurs identiques (Nesta-Gattuso) ; base solide à laquelle peuvent être adjointes quelques vedettes étrangères , à dose limitée, afin de l'enrichir et d'y apporter une étincelle supplémentaire, sans la dénaturer. Le trio néerlandais, les meneurs Kakà et Seedorf, le recrutement productif de Ronaldo, tout ceci contribue à la construction d'une équipe compétitive, pour la simple raison que les excès caractéristiques de nos adversaires sont évités.

Les secteurs défensifs italiens sont les meilleurs au monde, comme l'a encore démontré la squadra azzurra en juin dernier, et comme le démontre le Milan depuis le recrutement de Massimo Oddo, le retour de l'axe Maldini-Nesta, et la constitution d'un trio Gattuso-Pirlo-Ambrosini au milieu du terrain. Certaines vérités ne se démentent pas, certaines marques de fabrique sont éternelles. Les dirigeants milanais semblent en avoir pris bonne note, à l'heure où il est - trop tôt ? - question du renouvellement ou du doublement de certains postes. Il serait opportun pour les supporters les moins résistants au culte de l'Internarsenal de se mettre à la bonne page. Buffon, Zambrotta, Barzagli et Montolivo, pistes suivies depuis longtemps, fleurent moins bon l'exotisme que d'autres, ne vendront peut-être pas autant de maillots (encore que ...), mais seraient le prolongement logique de la politique pertinente et cohérente menée depuis plusieurs années, ainsi que du succès du Milan AC et de l'équipe d'Italie, qui va de pair ...

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